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Friponneries
Déclaration d'amour à BHL par Noël Godin
Siné Hebdo • Mardi 31 Mars 2009
Ça y est, suis contaminé ! Il a suffi que je ramène à la maison le numéro du Point qu’avait cru bon de me mettre de côté mon diabétologue boute-en-train, dans lequel BHL proclame ne point connaître « d’autres états qui aient su bâtir, comme Israël, une relation à la violence qui ne s’affranchit jamais d’un souci et de considérations éthiques », pour que je chope aussi sec à mon tour la vilaine maladie ayant déjà frappé Kouchner, Besson, Amara, Séguéla, Gynéco, Lang et bien d’autres débouchoirs à ventouses progressistes : la caméléonite. Comme ces retourneurs de vestes pathétiques, je suis gravement atteint. Je me surprends à coller sur des portières de métro des papillons « Vous banderiez moins mou avec François Bayrou », à guetter dans le froid Jean-Pierre Pernault pour mendier un autographe, à acheter le dernier CD de Vincent Delerm ou à faire dire des messes à la mémoire conjointe de Pie XII et de Paul Préboist.

Mais ce n’est pas seulement pour me faire de nouveaux amis que je n’arrête plus de me renier gluamment. C’est au plus profond de moi-même, dans mes boyaux et dans mes tripes, que j’ai viré ma cuti et, il était temps qu’on cause littérature, que je me suis foutrement amouraché du « philosophe des beaux quartiers ». C’est pas de ma faute, et pas tout à fait de la sienne, ça nous a fondu dessus sans crier gare comme la Grâce sur le jeune anar Paul Claudel en 1890. à vrai dire, c’est un rêve obsessionnel ayant électromagnétisé plusieurs de mes nuits d’hiver qui a précipité la fraternisation impensable. J’ai rêvé, en effet, le 12 février dernier, et puis le 15 et le 16, et puis le 21, le 22, le 23 et quelques autres fois encore, que nous nous sodomisions amoureusement, Bernard-Henri Lévy et moi, sur une plage déserte en poussant d’extatiques « gloup-gloup ! » à chaque coup de rein. Et j’avoue que ces moments de tendre intimité ne m’ont pas peu aidé à enfin pénétrer dans la pensée et dans l’œuvre du seul vrai héritier de Jean-Paul Sartre. Car maintenant que je me sens relié épidermiquement à l’astre BHL, ou à ses deux premiers quartiers de lune en tout cas, il n’est plus question que je fronce pignoufement les sourcils s’il trompette, comme il le fait dans son Siècle de Sartre, qu’il entend devenir, à l’instar dudit Sartre, « une sorte d’autorité morale planétaire, d’état sans assise, de Vatican de l’idée dont on se dispute les indulgences ». Et il n’est plus question que je lève les yeux au ciel si le grand écrivain concède encore à Ciné Revue ce style de confidence : « Arielle, je la réveille souvent en pleine nuit pour lui lire des pages que je viens d’écrire. Elle ne se plaint jamais. »



Mon gros roudoudou chéri, je sais que tu es en train de me lire et de réaliser que c’est d’une manière fort nouvelle que tu es en passe désormais de te faire barbouiller par mes soins. à force d’ailleurs de t’inonder de sperme chaud, ou de passer moi-même à la douche, je finirai peut-être même par noyer dans ma tête au plus fort de la marée le souvenir taraudant de tes traficotages avec le marchand d’armes Lagardère et le marchand d’art Pinault. Mais cessons de ressasser les vieilles cochonneries et concentrons-nous sur les galipettes qui nous attendent dans ton palais de Marrakech. Comment va-t-on procéder ? Fera-t-on ça à deux en toute frugalité ? Ou à trois avec Arielle ? Ou préféreriez-vous l’un et l’autre que j’amène avec moi quelqu’un d’indiqué pour une partie carrée mélodieuse ? Je pense à mon vieux camarade Berroyer qui n’a pas la bistouquette en berne ces derniers temps. Mais surtout, mon trésor, même si ta dulcinée a claironné, toujours dans Ciné Revue, que, pour elle, « la sensualité, c’était l’asservissement total à l’homme que l’on aime », sache bien que nous ne souhaitons pas trop, Jackie et moi, que la bougresse n’ait pas son mot à dire dans la formule de nos ébats. Tu lui en touches un mot, coco ?

(Merci à Berth pour son dessin romantique. Vous en trouverez d'autres sur son blog "C'est facile de se moquer")






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