Recevoir la newsletter
Tirons nos épées...

Pour Julien Coupat et Cie
La criminalisation de la pensée par Michel Onfray
Libération • Dimanche 07 Décembre 2008
Suite aux récentes polémiques, nous reproduisons cette mise au point de Michel Onfray parue dans le Libé du 3 décembre que beaucoup de lustucrus ont loupée.

" Lorsque la presse a rapporté l’arrestation des présumés responsables des actes de sabotage des lignes TGV, la présomption d’innocence fonctionnait, certes, mais la présentation des faits par les médias, relayant à chaud la version policière, ne semblait faire aucun doute : il s’agissait là des personnes qui posaient les fameux fers à béton sur les caténaires.
Informé par cette seule source, dont la « une » de Libération qui titrait « L’ultra gauche déraille », j’ai rédigé mon billet hebdomadaire dans Siné-Hebdo en déplorant les actes de sabotages qui ne profitaient pas au peuple, mais qui, bien plutôt, le pénalisaient soit de manière individuelle, par les dommages causés, soit de façon collective, par la légitimation d’une réponse répressive des gouvernements en place.
Or, comme toujours lorsque la presse annonce avec force une information réellement fausse ( jadis, par exemple, le clonage d’un enfant chez les raëliens…), sinon incomplète, fragmentaire, parcellaire, donc partiellement fausse, il n’y a pas beaucoup d’autocritique . Dans le cas de Tarnac, par exemple, on constate que, le temps de la garde à vue, la presse s’est la plupart du temps contentée de relayer la position du ministère de l’Intérieur qui s’avère grandement fautive. Car le dossier ne comporte rien.
Ainsi, l’ADN des dits suspects, qui, habituellement agit en maître de justice incontestable, n’a pas été retrouvé sur le lieu des forfaits. Les accusations sont portées sur des hypothèses qui ne tiennent pas : un passé de militant et d’activisme international – ce qui ne saurait constituer un délit ; un matériel qui aurait pu servir aux actes de sabotage, - mais qui pourrait tout aussi bien s’expliquer par les besoins du pur et simple bricolage dans une maison ; des horaires de TGV, - mais on peut en avoir besoin pour le prendre à l’heure sans vouloir le stopper ; mais aussi, et surtout, des livres ! Péché mortel. Une bibliothèque subversive ! Et la présence de L’insurrection qui vient un ouvrage sans nom d’auteur dont on dit qu’il a peu être été signé par le principal protagoniste transformé en « chef »…
Devant un dossier vide et une totale absence de preuves, que peut la police pour ne pas se déjuger ? En appeler au terrorisme et à la possibilité d’un acte terroriste potentiel induit par le profil intellectuel. Autrement dit : criminaliser la pensée.


Version du délit de sale gueule : ils auraient pu le faire, donc ils l’ont fait. Le terrorisme, sauf cas avéré – Bombay par exemple…- est souvent le mot qu’on utilise pour fustiger l’ennemi quand on a envie de le condamner sans preuves ou avant même instruction du dossier. Fasciste, stalinien et pédophile servent selon les mêmes logiques.
Devant un dossier vide et une totale absence de preuves, que peut le journalisme pour ne pas se déjuger ? En appeler au débat et aux dossiers – plus tard... J’y contribue d’autant plus volontiers que, dans Siné-Hebdo j’ai moi même donné le change en emboîtant le pas aux journalistes d’en face ! Le temps d’une chronique, certes, mais quand même . Une leçon sur le journalisme qui est un pouvoir comme les autres et que le libertaire que je tente d’être ne se le rappelle probablement pas assez…"


Image piquée ici





Conception gloupinesque du site : Sylvain Savouret • Mise en pages et en dessins : Sylvie Van Hiel