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Vive le cinéma désolant de Jean-Jacques Rousseau !
Vendredi 31 Octobre 2008
Incroyable ! Sort début novembre 2008 dans nos librairies, sous la houlette des austères éditions Archimbaud / Klincksieck, un recueil encyclopédique de textes et de témoignages juteux sur le plus merveilleusement siphonné des cinéastes en activité, notre aminche Jean-Jacques Rousseau . Titre de l’ouvrage : Jean-Jacques Rousseau cinéaste de l’absurde.

Voici le texte, frigoussé en 2003, de mes présentations publiques en Belgique du Diabolique Docteur Flak qui continue à fort bien traduire l’essentiel de mon rapport enflammé à l’œuvre incomparable de Jean-Jacques Rousseau .

Place donc ce soir à ce qu'on pourrait appeler le cinéma belge radicalement désolant personnifié gloupitamment par toute l'oeuvre de Jean-Jacques Rousseau . Par cinéma désolant, nous entendons un cinéma tout à fait désolant pour les codes cinéphiliques faisant la loi, et même la police, un cinéma absolument affligeant pour les valeurs établies patiemment par les historiens du septième art, les animateurs de salles d'art et d'essai, les revues et les écoles de cinéma et l'intelligentsia pète-sec.

Au point que le Diabolique Docteur Flack semble presque conçu tout exprès pour consterner ou mettre gravement en pétard les tristes lustucrus qui ne jurent que par ces valeurs. Ce que vous allez voir constitue un véritable outrage à tout l'enseignement infligé aux élèves de l'INSAS, de l'IAD, de l'INRACI.
C'est du cinéma malotru, impur, balourd, disparate, bordélique, d'un exceptionnel mauvais goût. C'est du cinéma mal conçu, mal écrit, mal dialogué, mal filmé, mal mis en scène, mal joué, mal monté, mal musiqué, mal génériqué.
Mais ce cinéma navrant s'asseyant sur toutes les règles transpire la sincérité, l'enthousiasme, la liberté vraie et totale, et s'avère quelquefois étonnamment inspiré.


Et puis, quel plaisir, quel plaisir incomparable il peut nous dispenser contrairement à la plupart des films à l'affiche pour le moment.

Il y a en tout cas trois manières de vivre les films de Jean-Jacques Rousseau dans le plaisir effréné.
Premièrement, en s'en moquant cruellement parce qu'on estime qu'ils atteignent les cimes du ridicule et Jean-Jacques Rousseau ne devra pas se désespérer si des tempêtes de rires sarcastiques se déchaînent dans un moment. Ca fait partie de l'aventure.
Mais il y aura aussi, car je connais certains d'entre vous, jambon à cornes !, des rires et des refus de rire d'une autre dimension. On peut en effet être autant allumé, ou bien plus, par ces bandes que par les séries Z miteuses devenues légendaires grâce à Tim Burton, d'un Ed Wood. Jean-Jacques Rousseau d'ailleurs s'auto-proclame sans vergogne « le Ed Wood belge ».

On peut trouver le cinéma de Rousseau très toniquement désolant, et très jouissif, et tout à fait jubilatoire, et même assez indispensable pour faire la nique au cinéma d'auteur rigoriste casse-bonbons trônant actuellement.

Mais on peut jouir avec le cinoche de Rousseau d'une troisième manière, ventre de boeuf ! En considérant comme de plus en plus de ses partisans de première ligne que ses films mal léchés sont de la poésie, de l'authentique poésie, de la poésie candidement incandescente comme celle de l'autre Rousseau, le douanier, de la poésie onirique sauvage très inconsciemment dévastatrice, de l'art splendidement brut, de l'écriture furieusement automatique.
Le Diabolique Docteur Flak est même devenu un film culte dans certains milieux intellos parisiens-déjantés. Là-bas, c'est le film belge qu'on se passe et qu'on se repasse euphoriquement le plus volontiers avec C'est arrivé près de chez vous.




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