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Livres
Collection "Le Livre carabiné"
L'Ennemi du peuple de Georges Darien
Editions l'Age d'Homme • Samedi 28 Février 2009



Réédité à l'Age d'Homme, dans la collection "Le livre carabiné" mitonnée par Noël Godin, et préfacé par le ravacholesque Jean-Pierre Bouyxou , l'Ennemi du peuple de Georges Darien est une véritable bombe à mèche.

Voici, de fait, le pamphlet le plus impitoyable jamais écrit sur la complicité crapoteuse agglutinant volontiers le maître et l’esclave dans nos sociétés « démocratiques » autoritaires-marchandes. Georges Darien, effectivement, à la Belle époque, dans son canard déchaîné L’Ennemi du Peuple, a jubilatoirement repris, développé et propulsé sur les masses asservies le célèbre mot de désordre cravachant de La Boétie : « Soyez résolus de ne servir plus et vous serez libres ! » (1574), auquel le bon vieux Carlyle donnera aussi de la stéréophonie : « Je vomis les classes dirigeantes et les classes dirigées me dégoûtent ».
En nos temps veules, lâches, flaccides, le recueil d’articles imprécateurs rassemblés ici devrait toujours, et mieux que jamais, faire scandale.




« Les malheureux, en dépit de la chanson, ne sont pas malheureux malgré eux. Ils ne le sont que parce qu’ils le veulent bien. Ils ont eux-mêmes placé leurs cous sous le joug, et refusent de les retirer. Il est donc fort compréhensible qu’un certain nombre d’hommes n’éprouvent à leur endroit aucune compassion ; et qu’ils ressentent même de la colère et du dégoût pour tant de sottise et tant d’avilissement.
Le Peuple a des Amis. Qu’il les garde ! Ils sont généralement dignes de lui. (…)
Je ne comprends pas qu’on puisse être, à notre époque, l’ami du Peuple. L’abominable et tyrannique soumission populaire a pu avoir, jusqu’ici, des excuses : l’ignorance, l’impossibilité matérielle d’une lutte. Aujourd’hui, le Peuple sait ; il est armé. Il n’a plus d’excuses. Qu’est-ce que le Peuple ? C’est cette partie de l’espèce humaine qui n’est pas libre, pourrait l’être, et ne veut pas l’être ; qui vit opprimée, avec des douleurs imbéciles ; ou en opprimant, avec des joies idiotes ; et toujours respectueuse des conventions sociales. C’est la presque totalité des Pauvres et la presque totalité des Riches. C’est le troupeau des moutons et le troupeau des bergers. (…)
La caractéristique du Peuple, de ses amis, c’est leur obstination à placer hors d’eux-mêmes, dans des formules creuses ou des rêves, leurs espoirs et les déterminantes de leurs tristes énergies. La caractéristique du Hors-Peuple, en contraste, doit être sa ferme résolution de placer en soi-même ses mobiles et ses désirs. »



Conception gloupinesque du site : Sylvain Savouret • Mise en pages et en dessins : Sylvie Van Hiel