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La meilleure histoire de la contre-culture
Ruons-nous sur l'Aventure hippie (Lézard, 2000, avec une postface de mézigue, et 10/18, 2004) !
Magistralement écrit et prodigieusement illustré, le bouquin n’a qu’un défaut, il porte mal son titre car il nous offre bougrement plus que ce qu’il nous promet de mieux. Ce n’est pas seulement, en effet, le phénomène zippie que le Jean-Pierre Bouyxou et Pierre Delannoy nous racontent de la plus fouillée, de la plus palpitante et de la plus rigolboche manière, c’est toute la déferlante “soixante-huit hard” en soi dont il ne constituait qu’un des aspects.
Certes, nos auteurs remplissent d’abord leur contrat au petit poil.
Ainsi on apprend à ne plus confondre le hipster, “mec à la coule, à la limite du voyou et du bohémien” préfigurant dans les années 55 le flower child, avec le beatnik des sixties vomi par Hemingway, avec le hippie pur jus pur sucre fuyant dès 1966 la new left, avec le digger utopiste lançant les restos gratos en 67 dans Golden Gate Park, avec le yippie émeutier des années-barricades, avec l’acid head hirsute de la Woodstock generation, avec le freebie, le tout dernier venu des “desaffiliated”, avec le D Man “qui considère la pratique de la zone comme une philosophie de la résistance au système”, ou avec le plastic hippie ne s’éclatant que le week-end. On survole ensuite l’histoire des communautés freakies, des expériences pionnières (qui, au début du siècle, pouvaient durer jusqu’à 33 ans comme la Ferrer Colony du New Jersey alors que, dans la France pompidolienne, une communauté rurale tient le coup en moyenne treize mois et six jours, et qu’une communauté urbaine passe rarement le cap des six mois et demi !) à la Commune Libre de Christiana, à la lisière de Copenhague, oú mille brothers et sisters, et trois cent toutous, s’essaient toujours à la vie autre sur vingt-deux hectares, en passant par les free clinics anti-psy, les bourses souterraines d’échange, les groupes d’affinités de combat, les crash pads amerloques (auberges espagnoles beat), les ateliers d’art-thérapie, les collectifs de camaraderie amoureuse, les squatts flashy ou les tribus itinérantes à la Hog Farm. Puis, on reçoit son “bréviaire de voyage hip” pour visiter les cités radieuses du Népal et des Andes ou les clubs Sun and Smoke d’Ibiza et de Marrakech. Avant d’assister aux bad trips des “guerrilleros de la shooteuse” et aux “éclateries” youpitantes de la psychedelic Venus Church oú tous les sexes présents sont enduits de miel.

Mais ce n’est là qu’un juteux début. Une fois que notre duo d’enfer a exploré sous tous les points de couture le Hippyland en collant une purge au passage à bien des clichetons (celui, par exemple, du junkie invariablement décrépit), il nous entraîne dans un travelling vertigineux sur les innombrables visages en lames de cisaille de l’esprit de rupture 60-75.
Revivent du coup dans tous leurs éclats de tonnerre les divers courants subversifs qui jaillissaient alors (provos, situs, maos-spontex, gouines rouges, terroristes pâtissiers…).

Et, sont retracées avec jubilation toutes les grandes épopées parallèles de ces temps-là :
* l’épopée de la nova press (des chroniques écolos fanas de Fournier, qui préféra crever à trente berges plutôt qu’on lui pose sur le coeur une prothèse en “plastoque”, aux reportages “gonzo” requérant selon Hunter S. Thompson - l’âme damnée de la free press US - “le talent d’un maître journaliste, l’art d’un photographe et les couilles en bronze d’un acteur”);
* celle de la littérature drop-out (de Duprey-Fourier-Tolkien à Baudrillard-Spinrad-Vaneigem );
* celle de la zizique planante (du Spirits Rejoice d’Albert Ayler, qui dérouille la Marseillaise, aux provocs rock punk des New York Dolls);
* celle de l’architecture psychédélique (des dômes géodésiques habitables de Lloyd Kahn “à bricoler sur pilotis” aux immeubles balldeurs sur pieds télescopiques du groupe conceptuel british “Archigram”;
* celle du cinoche déjanté : du Trip de Roger Corman et Jack Nicholson totalement interdit en France à l’Esquizo brindezingue de l’urbaniste Ricardo Bofil (1971) qui a mis vingt et un ans pour décrocher un distributeur à Paris et qu’on n’a toujours pas vu chez nous);
* celle du [rouge]théâtre-happening [/rouge](du Paradise Now insurrectionnel du Living aux égorgements d’oies dans le pipi-caca-vomi d’Otto Muehl);
* ou celle du comix destroy (des bédés cracras de Crumb et Shelton à la Vie amoureuse de saint Georges Bataille, écrivain cul bénit de Domingo et Vasco).
Jamais lourdingue, toute cette débauche d’infos spitantes sur la grande ribote contre-culturelle peut se lire d’une seule lampée aux sons du Sympathy for the Devil de Mick Jagger et avec quelques jointos pour le trajet.

L’Aventure hippie est un livre dangereux car il nous file foutrement l’envie de “secouer l’oreiller de la fatalité” (Karl Krauss) pour repartir sur les routes les plus soûlantes Sous-titre : Hip Hip Hip Hourrah !




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