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Collection "Le Livre carabiné"
Dimitrijevic était aussi un merveilleux galapiat
Entre Lausanne et Paris • Mardi 28 Juin 2011
L'âme damnée des éditions suisses de l'Age d'Homme, Vladimir Dimitrijevic, s'est tué en voiture le mardi 28 juin 2011 sur le parcours Lausanne-Paris, peut-être en s'endormant au volant car il connaissait bien la route et ce n'était pas un homme à fausses manoeuvres.
Certes, comme on l'a trompeté dans les médias, Dimitri était certainement le tout dernier grand seigneur de l'édition sans concessions. Certes, il a fait beaucoup beaucoup pour la vraie littérature, celle des pays de l'Est en particulier, en prenant tous les risques et sans jamais se ménager (quand on s'étonnait qu'il dorme dans sa camionnette pendant la Foire du livre de Francfort, il répondait qu'avec ce genre de petites économies, il sortait chaque année quelques bons livres de plus). Certes, il avait plein de charme et de panache, savait bougrement bien écouter les autres, ne cherchait aucunement à imposer ses points de vue souvent radicaux sur tout, manifestait un constant recul ironique par rapport aux choses de la vie et de la mort et s'avérait être, quand il était réellement touché par quelqu'un, le plus jusqu'auboutiste des amis.
Mais ce qu'on sait, nous, ses camerluches anarchistes bruxellois, c'est que c'était aussi un fieffé pendard qui n'avait jamais les foies verts.
C'est sans sourciller et sans me chipoter sur un mot qu'il a édité en 1988 ma monstrueuse Anthologie de la subversion carabinée de 800 pages, un florilège d'appels aux crimes justiciers qui auraient pu lui valoir bien des chardons. Je ne suis pas prêt d'oublier le soir oú me conduisant sur le plateau d'Apostrophes de Pivot, il m'avait sussuré dans l'oreille à l'ultime moment plutôt que d'essayer de me tempérer : "Surtout, Noël, n'en faites qu'à votre tête."
Autres souvenirs canon, maintenant, ça peut s'ébruiter, Vladimir Dimitrijevic a trempé éhontément à deux reprises dans des attentats pâtissiers ayant pour cible Bernard-Henri Lévy lors de la Foire du livre de Bruxelles, en l'an 2000, c'est lui qui a transporté l'artillerie chantilly fatidique à l'intérieur de la forteresse. Lors de la semaine du livre de Paris de 2006, c'est sur son stand des éditeurs suisses réunis oú l'on avait improvisé un cocktail que les conspirateurs pâtissiers ont pu préparer l'assaut sans éveiller la méfiance.
Rappelons également que l'Age d'Homme compte parmi ses auteurs maison quelques hautes figures de la révolte épicée parmi lesquelles Marcel Moreau, Georges Darien, Octave Mirbeau, Paul Nougé, Max Stirner, G.K. Chesterton, la Bande de Mélusine ou mon frère d'armes Robert Dehoux ("Le Zizi sous clôture inaugure la culture") dont les bouchages nocturnes de serrures de banques ou de sanctuaires amusaient beaucoup Dimitri.
Pour toutes ces raisons-là, mais bien d'autres encore, (la toute vraie fondue, notamment, qu'il nous avait fait découvrir à Genève), Sylvie et moi nous estimions et aimions foutrement fort le loustic.



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